L’UE devrait déclarer mercredi comment le bloc des 27 pays entend réduire sa dépendance à l’égard de la technologie américaine et asiatique et soutenir les alternatives numériques européennes.
Ce projet risque de susciter encore davantage la colère des États-Unis, qui ont dénoncé ces dernières années les amendes et les règles de l’Union européenne à l’encontre des entreprises technologiques américaines.
Le bloc a intensifié ses efforts au cours de l’année écoulée pour renforcer l’industrie manufacturière nationale dans divers secteurs et rattraper ses rivaux des États-Unis et de la Chine.
La tsar de la technologie de l’UE, Hena Virkunen, dévoilera à Bruxelles un nouveau paquet de « souveraineté technologique » qui comprend de nouvelles règles sur les puces, le cloud computing et l’IA.
L’objectif est de créer un écosystème numérique dans lequel l’Europe puisse garder le contrôle des services et des données et résister aux ingérences étrangères.
La ville de Bruxelles craint qu’un président Donald Trump en colère puisse un jour fermer le cloud computing américain via un « kill switch », en plus de ses faiblesses révélées après la crise des puces et des terres rares de l’année dernière avec la Chine.
Dans un projet de document stratégique consulté par l’AFP, l’UE affirme s’appuyer sur des fournisseurs étrangers pour « plus de 80% des produits, services, infrastructures et propriété intellectuelle numériques », sur la base de son rapport officiel de 2023.
Mais l’UE insiste sur le fait que cette initiative ne vise pas à évincer les fournisseurs étrangers, mais plutôt à renforcer l’industrie européenne et à la maintenir dans la course à l’IA.
Domination américaine du cloud
Selon un texte consulté par l’AFP, le forfait comprend :
–Nouvelle loi sur le cloud computing et l’intelligence artificielle pour encourager la construction de centres de données dans l’UE. Bruxelles espère que ces règles tripleront la capacité du bloc au cours des cinq à sept prochaines années.
— La nouvelle loi sur les puces augmente la demande de semi-conducteurs européens.
— Exiger du secteur public qu’il utilise des solutions logicielles open source qui offrent un plus grand contrôle et une plus grande flexibilité et évitent le verrouillage.
— Créer un système européen commun pour évaluer la durabilité des centres de données.
Le cloud computing est dominé par les plateformes américaines, les trois plus grandes plateformes – Azure de Microsoft, Amazon Web Services et Google Cloud – représentant 70 % du marché européen.
Un rapport 2025 du cabinet de conseil français Asteres estime que l’UE dépensera 264 milliards d’euros (307 milliards de dollars) par an en logiciels cloud aux États-Unis.
Bruxelles prévoit également d’imposer des normes de souveraineté sur les marchés publics dans les secteurs du cloud et de l’IA, et souhaite exiger des gouvernements qu’ils procèdent à une « évaluation des risques de souveraineté » pour identifier les fournisseurs européens le cas échéant.
Cette décision est alimentée en partie par les inquiétudes concernant les données des Européens, car le Cloud Act de 2018 de l’administration Trump permet à Washington d’exiger que les fournisseurs basés aux États-Unis accèdent aux données, quel que soit l’endroit où les informations sont stockées.
nous fixons les règles
Certains craignent que les nouvelles règles ne provoquent des représailles de la part du président Trump. Mais un député européen qui a travaillé en étroite collaboration sur la souveraineté technologique a déclaré mardi aux journalistes que l’Europe « ne devrait pas céder à la pression ».
Matthias Ecke, du Parti socialiste et du Parti démocrate, a déclaré : « Nous façonnons les règles européennes en fonction des besoins et des demandes des Européens », mais a prédit que les fournisseurs américains resteraient « dominants » malgré la pression de l’UE.
Bruxelles a clairement exprimé sa détermination.
La Commission européenne a annoncé la semaine dernière qu’elle souhaitait réserver aux entreprises européennes une part des fréquences mobiles par satellite actuellement utilisées par les opérateurs américains.
Les récentes évolutions reflètent un changement à Bruxelles, qui non seulement s’éloigne de la réglementation des Big Tech, mais favorise également la technologie européenne.
Le législateur européen Oliver Schenk a déclaré que les puces, le cloud computing et l’IA constituent le « système nerveux de l’économie moderne », qui alimente tout, de la défense à la médecine.
« L’Europe ne peut donc pas rester un simple consommateur de technologies importantes développées dans d’autres pays », a déclaré à l’AFP l’eurodéputé conservateur.

