
Le terme « économie bleue » circule depuis des années parmi les commentateurs environnementaux, et il signifie généralement ce que l’orateur veut lui donner. Pour certains, il s’agit de pêcheries durables et de réserves marines. Pour d’autres, il s’agit d’un terme large qui inclut l’éolien offshore, l’exploitation minière en haute mer et les crédits de carbone bleu. Et pour les sceptiques, c’est un mot à la mode utile, mais il reste vague lorsqu’il s’agit d’actions mesurables.
Jusqu’à récemment, ce concept manquait d’une définition opérationnelle et de sources de financement fiables. En tant que tel, le terme a fini par être compris de diverses manières, qu’il s’agisse d’une approche de la conservation favorable aux entreprises ou de nouvelles façons de parler de l’extraction des ressources marines, qu’elle soit durable ou non.
Cependant, l’époque où l’océan était une préoccupation secondaire dans le débat sur le changement climatique touche à sa fin. De trop nombreux investisseurs, scientifiques et dirigeants communautaires ne se demandent plus si l’économie bleue est réelle, mais plutôt à quelle vitesse ils peuvent la développer.
C’est mon impression en quittant le Villars Océan Forum, rassemblement de plus de 150 dirigeants issus d’horizons universitaires, militants et économiques. Il s’agit d’une communauté d’acteurs. Les gens ont déjà lancé des projets et réfléchissent désormais à la manière de les financer.
Dans un coin, un glaciologue qui revenait tout juste d’une expédition au Groenland réfléchissait aux perspectives de la géo-ingénierie, tandis que dans un autre, des entrepreneurs et des investisseurs en capital-risque discutaient des crédits de carbone issus des océans. Autour d’un café, les organisateurs communautaires ont expliqué comment ils formaient les résidents locaux à surveiller les baleines et à collecter des données ADN environnementales pour éclairer la gestion des réserves marines.
L’économie bleue n’est pas un sujet limité à un seul secteur. Il s’agit d’un réseau de projets réels, de bilans et de relations sociales fondé sur le postulat que l’océan n’est pas infini. Il s’agit d’un système vivant et sa santé détermine la viabilité des communautés côtières, des chaînes d’approvisionnement et des portefeuilles d’assurance.
Tout le monde à Villars a compris qu’utiliser la science pour conduire un changement politique et rechercher des financements philanthropiques ne fonctionnerait pas. Au lieu de cela, les scientifiques commencent à parler directement aux entreprises elles-mêmes, collectant des données qui alimentent directement les cadres de divulgation des entreprises tels que le Groupe de travail sur les informations financières liées à la nature (TNFD). Les investisseurs utilisent ces données pour évaluer le risque et former des obligations bleues. Les communautés locales exploitent des stations de surveillance et reçoivent une rémunération en retour.
Il n’y a aucun doute sur la science. Le professeur Tim Lenton de l’Université d’Exeter a rappelé aux participants que près de 85 % des récifs coralliens d’eau chaude de la planète sont en déclin irréversible. 500 millions de personnes dépendent de ces récifs pour leur alimentation, leurs revenus et la protection de leurs côtes. Les récifs coralliens soutiennent les économies locales grâce à des activités telles que la pêche et le tourisme, générant plus de 9 900 milliards de dollars de valeur économique par an.
D’autres scientifiques ont averti que le tapis roulant océanique, l’AMOC (Atlantic Meridional Overturning Circulation), est plus susceptible de s’effondrer que prévu, ce qui gèlerait les capitales européennes et perturberait les moussons d’Afrique de l’Ouest et d’Inde.
La discussion ne se limite pas à savoir qui fait le travail pour y remédier et comment les gens peuvent obtenir l’argent dont ils ont besoin.
Créez des cartes océaniques. Pendant des décennies, la cartographie des fonds marins a été un domaine scientifiquement sous-développé. Les développeurs d’énergie éolienne offshore, les sociétés de câbles sous-marins et les entrepreneurs de la défense investissent désormais de l’argent dans la cartographie haute résolution des fonds marins. Bien que ces investissements ne soient pas motivés par l’objectif altruiste de conservation des océans, ces efforts amélioreront néanmoins notre compréhension des océans et soutiendront peut-être la conservation en tant qu’effet secondaire positif.
Il existe également d’autres moyens par lesquels les solutions fondées sur le marché et la conservation peuvent fonctionner ensemble. Le projet Caribbean Blue Carbon, soutenu par le Fonds pour l’environnement mondial et mis en œuvre par le Fonds des Caraïbes pour la biodiversité dans le cadre de l’initiative Caribbean BlueEFin, génère actuellement des crédits de carbone de haute intégrité à partir des mangroves et des herbiers marins. Le projet intègre les communautés locales en tant que gestionnaires et bénéficiaires, fournissant ainsi des financements climatiques directement aux personnes qui gèrent ces écosystèmes. Le rendement ajusté au risque émergent est suffisamment attractif pour attirer les family offices et les fonds d’impact en tant que bailleurs de fonds.
Points de bascule, sociaux et naturels
Nous parlons souvent de points de bascule dans un sens négatif, par exemple lorsqu’un écosystème est dégradé de manière irréparable. Mais il existe également des points de bascule « positifs », où le rétablissement de l’écosystème s’appuie sur lui-même et conduit à des changements positifs ailleurs. Une fois que les forêts de varech de la côte du Pacifique se seront rétablies, il sera peut-être possible d’introduire des loutres de mer.
Il existe également un point de bascule social. L’intégration des obligations bleues pourrait conduire les conglomérats à adopter des programmes comme le TNFD.
Cependant, il est important de se rappeler qu’il n’existe pas de solution miracle en matière de conservation, de durabilité et de réduction des émissions. A Villars, personne ne revendique la victoire. Le cadre réglementaire reste fragmenté et les données en eaux profondes restent limitées. L’économie reste axée sur l’extraction plutôt que sur la reproduction.
Pourtant, mes yeux ont arrêté de rouler. L’économie océanique, m’a dit Villar, évolue vers une phase de coopération décentralisée et intersectorielle plutôt que vers de grands traités entre gouvernements. Les gouvernements locaux, les communautés et les investisseurs privés avancent sans attendre un consensus mondial.
La politique climatique est peut-être au point mort dans certaines capitales. Mais grâce aux stations de surveillance et à la cartographie des navires, l’action maritime devient une réalité. Les investisseurs comprennent enfin que les océans vivants constituent un capital naturel important pour les bilans.
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