Débloquez Editor’s Digest gratuitement
La rédactrice en chef du FT, Roula Khalaf, a choisi ses histoires préférées dans cette newsletter hebdomadaire.
La victoire surprenante du parti libéral D66 aux élections législatives néerlandaises de la semaine dernière constitue un bon résultat pour les Pays-Bas et pour l’Europe dans son ensemble. Les partis centristes pro-européens ont remporté 26 sièges, soit près de trois fois plus que lors du précédent vote de 2023. Ils sont au coude à coude avec le Parti libéral d’extrême droite, qui a perdu près d’un tiers de ses membres, les électeurs reprochant au parti son rôle dans l’un des gouvernements de coalition les plus controversés et inefficaces de ces derniers temps.
Les résultats définitifs seront connus d’ici quelques jours. Si le Parti libéral, dirigé par le fauteur de troubles anti-islam Geert Wilders, remporte le plus grand nombre de voix, il aura la première chance de former un gouvernement, même si les calculs de l’agence de presse néerlandaise ANP suggèrent que cela n’est pas possible. Il échouera, ne serait-ce pas nécessairement à cause de ses positions extrémistes, mais parce que les partis politiques dominants les ont empêchés de travailler avec lui suite à ses actions destructrices sous le gouvernement précédent. Le relais sera ensuite passé au jeune leader télégénique du D66, Rob Jetten. Il a l’intention de devenir Premier ministre s’il parvient à concocter une alliance. Ce n’est ni facile ni rapide.
Le message positif de Jetten et sa volonté de créer des ponts et de résoudre les problèmes de logement, d’énergie et d’immigration ont trouvé un écho auprès des électeurs néerlandais, fatigués de la controverse et de la polarisation alimentées par Wilders. Le pouvoir des dirigeants d’extrême droite réside dans leur capacité à faire danser leurs rivaux à leur rythme. Jetten avait autre chose. Que d’autres partis dominants partagent son esprit de compromis et acceptent quelque chose qui va au-delà du gouvernement au plus petit commun dénominateur est une autre affaire.
Compte tenu du paysage politique très divisé aux Pays-Bas, il faudrait quatre partis pour atteindre la majorité. Rassembler et maintenir cette alliance n’est pas une tâche facile. Il est cependant positif que ces élections aient non seulement abouti aux meilleurs résultats jamais enregistrés pour le D66, mais aussi à la renaissance du Parti chrétien-démocrate et au renforcement du centre politique.
Un gouvernement stable mais ambitieux sera un soulagement pour les Pays-Bas et ses partenaires européens. M. Jetten a fait campagne sur un programme ouvertement pro-européen, affirmant qu’il souhaitait que La Haye puisse toujours dire « oui » aux initiatives européennes plutôt que « non ».
La flexibilité néerlandaise pourrait être très importante lorsqu’il s’agit de décisions concernant le budget de l’UE, le soutien financier à long terme à l’Ukraine ou, plus généralement, les emprunts pour la défense et l’innovation. Les partenaires les plus conservateurs du D66 pourraient ne pas être aussi gentils, surtout si Wilders est dans l’étranglement.
Les pertes subies par le Parti libéral lors de cette élection enhardiront ceux qui soutiennent que la meilleure façon de vaincre l’attrait des populistes et des forces d’extrême droite à travers l’Europe est de les forcer à partager le pouvoir, les responsabilités et les compromis qui en découlent. Le parti de Wilders est un homme-orchestre, plus intéressé par la controverse que par la politique ou le développement du personnel gouvernemental. Il a également été freiné par la nécessité d’un compromis de coalition dans un système de partis très fragmenté. Des contraintes similaires ne s’appliquent pas à d’autres gouvernements du vainqueur, comme en Grande-Bretagne et en France, où les populistes d’extrême droite sont en tête des sondages.
Aux Pays-Bas, l’expérience ratée d’un gouvernement conservateur d’extrême droite a diminué l’attrait de Wilders, mais a accru l’attrait d’autres partis d’extrême droite qui partagent bon nombre de ses politiques xénophobes. Le soutien général à la droite radicale n’a pas faibli.
Le Parti libéral n’est peut-être plus au pouvoir, mais le pouvoir de M. Wilders consiste à semer la division et à attirer les opposants politiques vers la droite. Même le D66 a renforcé sa position sur l’immigration, en soutenant le traitement des demandes d’asile en dehors de l’UE. L’immigration reste une préoccupation majeure pour les électeurs néerlandais, mais ce n’est pas la seule. Il appartient aux partis centristes de répondre de manière constructive à ces préoccupations.

