La clinique de désintoxication de Kaboul abandonnée après l’attaque du Pakistan contre l’Afghanistan
Des foules se sont rassemblées mardi devant un centre de traitement pour toxicomanes à Kaboul, la capitale afghane, pour entendre le sort de leurs proches après que le centre ait été touché par une frappe aérienne pakistanaise. Un journaliste de l’AFP a dénombré au moins 30 corps retirés des décombres de l’établissement et a vu le personnel médical soigner des dizaines de blessés lundi soir, dans le chaos et les conséquences latentes de l’attaque. Les responsables talibans ont déclaré que le bilan pourrait se chiffrer en centaines de morts. Aux premières lueurs du jour, des chaises, des couvertures, des fragments de lits d’hôpitaux et des restes humains étaient visibles parmi les ruines noircies du bâtiment. Bariyarai Amiri, un mécanicien de 38 ans, s’est rendu sur les lieux où son frère a été hospitalisé il y a environ 25 jours. « Nous ne recevons pas d’informations appropriées », a-t-il déclaré à l’AFP alors que les sauveteurs pataugeaient dans les décombres à proximité. « Pour l’instant, nous ne savons pas où il se trouve. » L’Afghanistan et le Pakistan sont en guerre depuis des mois, Islamabad accusant son voisin d’héberger des extrémistes islamistes qui ont mené des attaques meurtrières de l’autre côté de la frontière. Le gouvernement taliban nie ces accusations. Mais le Pakistan a démenti les affirmations afghanes selon lesquelles les récentes attaques contre Kaboul visaient des civils, insistant plutôt sur le fait qu’il s’agissait de frappes de précision contre « des installations militaires et des infrastructures soutenant le terrorisme ». Le ministère afghan de la Santé avait initialement estimé que plus de 200 personnes pourraient avoir été tuées et un nombre équivalent blessé. Un porte-parole du gouvernement taliban a déclaré plus tard que le nombre de morts était au moins deux fois plus élevé, avec 250 blessés. – CIBLÉ – Les responsables de la santé ont déclaré qu’il y avait environ 3 000 patients dans des cliniques de tout l’Afghanistan au moment de la frappe, qui venait de se produire alors que les habitants rompaient leur jeûne quotidien du Ramadan, provoquant la panique à Kaboul. Les canons anti-aériens ont ouvert le feu à partir de 21h00. (16h30, heure du Japon), provoquant l’évacuation et la fuite des gens. « J’ai entendu les avions patrouiller », a déclaré à l’AFP Omid Stanikzai, 31 ans, agent de sécurité dans un centre de désintoxication. « Il y avait des unités militaires qui nous entouraient. Lorsque ces unités militaires ont ouvert le feu sur l’avion, celui-ci a largué des bombes et un incendie s’est déclaré. » Tous les morts et blessés étaient des civils, a-t-il ajouté. L’ONG italienne Emergency Group a déclaré avoir reçu trois corps et soigner 27 blessés dans les hôpitaux de Kaboul, mais s’attend à ce que le bilan s’alourdisse encore. Des médecins ont été appelés en renfort dans plusieurs hôpitaux de la ville. Le Pakistan a déclaré lundi avoir également frappé la province frontalière orientale de Nangarhar. « Le ciblage du Pakistan est précis et soigneusement effectué pour éviter les dommages collatéraux », a déclaré le ministère du Renseignement. – « Apaiser les tensions » – Le rapporteur spécial de l’ONU sur la situation des droits de l’homme en Afghanistan, Richard Bennett, s’est dit « déçu » par les frappes aériennes et les informations faisant état de victimes civiles. « Nous appelons X à désamorcer les tensions, à faire preuve d’un maximum de retenue et à respecter le droit international, y compris la protection des civils et des installations civiles telles que les hôpitaux », a-t-il écrit dans un message. Vendredi, la mission afghane auprès des Nations Unies a confirmé qu’au moins 75 civils avaient été tués dans le pays depuis l’escalade des affrontements avec le Pakistan le 26 février. La Chine a déclaré lundi que son envoyé spécial avait passé une semaine à servir de médiateur entre les deux parties, appelant à un cessez-le-feu immédiat. Mais Michael Kugelman, expert de l’Asie du Sud au sein du groupe de réflexion sur les affaires internationales Atlantic Council, a déclaré à l’AFP qu’il y avait peu de signes indiquant que les combats prendraient fin dans un avenir proche. « Les États arabes du Golfe qui ont servi de médiateurs dans les précédentes négociations entre l’Afghanistan et le Pakistan sont désormais coincés dans leurs propres guerres. Les autres médiateurs, dont la Chine, ont eu un succès limité », a-t-il déclaré. « Le Pakistan semble déterminé à continuer d’attaquer des cibles en Afghanistan, et les talibans sont déterminés à riposter avec des tactiques asymétriques, allant d’opérations contre les postes frontières pakistanais et éventuellement de lancements de drones au soutien d’attaques militantes à travers le Pakistan. « Il n’y a pas de sortie en vue. » bur-iw/phz/lb

