
Alors que se multiplient les rapports accablants sur le déficit galopant de l’Amérique et la menace croissante de la dette, peu d’attention a été accordée au désastre imminent qui pourrait bouleverser le mode de vie de dizaines de millions d’Américains âgés. En moins de sept ans, le fonds fiduciaire de retraite de la sécurité sociale a fait faillite et, en vertu de la loi fédérale, cette faillite entraîne automatiquement d’énormes réductions des prestations. Le Comité bipartisan pour un budget fédéral responsable (CRFB) estime que les couples de retraités à revenus faibles et modérés seraient confrontés à un fardeau annuel de 11 200 dollars et 18 400 dollars, respectivement, et que leurs revenus de sécurité sociale seraient réduits d’environ un quart. Pour comprendre la gravité de ce coup soudain : en moyenne, les Américains âgés dépendent d’un programme vieux de 90 ans pour plus de la moitié de leurs moyens de subsistance.
Les problèmes mathématiques de la sécurité sociale existent depuis de nombreuses années et sont systématiquement ignorés par le Congrès. À partir de 2010, les flux de trésorerie du programme ont commencé à devenir négatifs, les dépenses dépassant les recettes fiscales. Depuis lors, des bénéfices ont été tirés des réserves accumulées à une époque où le taux de retraite des Américains était beaucoup plus élevé, alors qu’aujourd’hui, le ratio a chuté précipitamment. D’ici 2033, le fonds fiduciaire sera épuisé, provoquant un déclin massif à tous les niveaux qui devrait faire s’effondrer toutes les prestations distribuées de manière égale quel que soit le revenu et punir les Américains les plus vulnérables.
Cette tâche est ardue. La sécurité sociale est confrontée à un manque de liquidités stupéfiant d’environ 4 % par an jusqu’en 2100. Le One Big Beautiful Bill Act a d’ailleurs encore aggravé les perspectives en accordant aux personnes âgées un allégement fiscal important sur leurs revenus de sécurité sociale, ce qui contribuait auparavant à reconstituer les fonds fiduciaires. Mais maintenant, le CRFB propose des amendements qui promettent des progrès significatifs pour remettre le programme sur la voie de l’autosuffisance.
Comment la réduction des prestations de sécurité sociale accordées aux riches Américains peut sauver le programme
Le groupe de réflexion CRFB souligne que des groupes de couples reçoivent actuellement des prestations de plus de 100 000 $ et que ce groupe à six chiffres connaîtra une croissance rapide dans les années à venir, car les prestations augmenteront à un rythme égal ou plus rapide que l’inflation. Dans un premier temps, le CRFB préconise de plafonner le montant que recevront à l’avenir les anciens salariés aux très hauts revenus.
Le plan, appelé « Six-Figure Limit » (SFL), fournirait jusqu’à 100 000 $ aux couples qui reçoivent actuellement la prestation la plus élevée. Le couvercle est ajusté en fonction de l’état civil et de l’âge de collecte. Les célibataires ne peuvent pas recevoir plus de 50 000 $, avec un plafond de 70 000 $ pour les époux qui prennent leur retraite à 62 ans. Qu’en est-il de l’indexation ? Le CRFB présente deux options principales. La première est que les bénéfices du SFL augmentent du taux d’inflation. Cette voie permettrait de réduire un cinquième de l’écart de solvabilité au cours des 75 prochaines années et d’économiser 100 milliards de dollars d’ici 2036. Dans un autre scénario, le plafond serait fixé en dollars nominaux, dans cet exemple à 100 000 ou 70 000 dollars, hors augmentations de l’IPC, pendant 20 ou 30 ans, après quoi il augmenterait proportionnellement aux salaires. Cette solution éliminerait un quart du déficit et permettrait d’économiser 190 milliards de dollars au cours des 10 prochaines années. Cela retarderait également la faillite de sept ans.
Le CRFB affirme que « ces prestations élevées dépassent de loin ce qui est nécessaire pour maintenir des niveaux de revenus adéquats, d’autant plus que la sécurité sociale ne représente qu’un septième des revenus des personnes appartenant au quintile supérieur (de tous les bénéficiaires) ».
Bien entendu, les économies réalisées grâce au programme couvriront moins de la moitié du futur déficit de la Sécurité sociale. Combler ce fossé béant nécessitera des changements plus modestes et plus radicaux. Jessica Riedl, spécialiste du budget et de la fiscalité à la Brookings Institution, est favorable à l’égalisation des prestations à mesure que les niveaux de revenus augmentent. Le plan de Riedl augmenterait les revenus des salariés à faible revenu à 25 000 dollars par an et rapprocherait les salariés à revenus élevés du même niveau de 25 000 dollars. « Les prestations ne vont pas être complètement stables, mais elles vont évoluer dans cette direction », a déclaré Riedl à Fortune. « La formule équilibrerait les revenus annuels et les prestations sur plusieurs décennies. Le rôle principal serait de nouveau de protéger les personnes âgées de la pauvreté, plutôt que de fournir un remplacement de salaire aux salariés les plus riches. »
Le président Franklin Roosevelt, le père de la sécurité sociale, a salué le système qui garantit « une certaine protection au citoyen moyen contre une vieillesse démunie ». Le modèle CRFB contribuera à faire passer la sécurité sociale du statut fragmentaire destiné aux riches à son objectif initial de filet de sécurité essentiel.

