Le crédit fintech de l’Afrique du Sud a bondi de 38 % pour atteindre 2,9 milliards de dollars (55 milliards de rands), défiant le marché principal des banques, avec des revenus qui devraient atteindre 17,7 milliards de dollars (337 milliards de rands) d’ici 2030. Les fonds étrangers, qui détiennent la majorité du capital bancaire de l’Afrique du Sud, sont confrontés à de nouveaux risques : non pas un défaut de crédit, mais des marges qui s’érodent à mesure que les fintechs captent la croissance des services numériques. Les banques restent solides (ROE 19,5 %). mais la contraction des valorisations montre que le marché est à la recherche d’innovations pour protéger la rentabilité et les retraites futures.
TransUnion Africa FinTech Brief 2025 met en évidence les changements clés qui représentent des opportunités significatives pour les investisseurs européens. Les sociétés fintech sud-africaines ont émis 2,9 milliards de dollars (55 milliards de rands) de nouveaux crédits en 12 mois, soit une augmentation de 38 % sur un an, selon le rapport. Il est important de noter que les revenus du marché FinTech devraient atteindre 17,7 milliards de dollars (337 milliards de rands) d’ici 2030.
Pour les gestionnaires d’actifs de Londres, Amsterdam ou Stockholm, ces chiffres révèlent une réalité alarmante. L’exposition bancaire principale du portefeuille des marchés émergents (banques établies en Afrique du Sud) est de plus en plus remise en question par des applications numériques qui existaient à peine lorsque bon nombre des premiers mandats d’investissement ont été rédigés.
L’environnement concurrentiel du système bancaire sud-africain est actuellement défini par une intermédiation fragmentée. Selon PwC, les grandes banques telles que Standard Bank, Absa, Nedbank, FirstRand et Capitec maintiennent une rentabilité impressionnante, avec un rendement des capitaux propres (ROE) combiné de 19,5 % en 2025. Elles ont généré des bénéfices bruts annuels de 3,8 milliards de dollars (69,7 milliards de rands), tout en réalisant également des investissements importants dans la technologie (69 milliards de rands). Toutefois, cette performance repose sur des segments matures tels que les particuliers bancarisés, les grandes entreprises et les marchés africains établis. La Fintech, quant à elle, capte la croissance des paiements numériques, du crédit instantané et des solutions destinées aux petites et moyennes entreprises (PME).
L’acquisition d’iKhokha par Nedbank pour 90 millions de dollars incarne ce changement stratégique. Plutôt que de construire de nouvelles frontières de croissance en interne, le groupe âgé de 185 ans a choisi de forger de nouvelles frontières de croissance en interne. Le marché reste vaste car les 2,6 millions de petites et moyennes entreprises sud-africaines doivent s’équiper. L’opération, évaluée à 15 fois le chiffre d’affaires FinTech, reflète un repositionnement du centre de gravité de la valeur financière. Les bénéfices sont désormais moins axés sur le volume des dépôts que sur l’expertise technique de l’expérience client.
Ce changement de paradigme est devenu d’une importance systémique dans la mesure où les investisseurs étrangers détiennent désormais la majorité du capital bancaire de l’Afrique du Sud. Chez Nedbank, près de 68,5 % du flottant est détenu par des institutions étrangères. BlackRock détient 4,73 %, Vanguard 3,98 % et Norges Bank 1,14 %. Les principaux fonds anglo-saxons et européens qui considéraient autrefois la stabilité de l’Afrique du Sud comme un refuge pour les marchés émergents sont désormais exposés à de nouveaux risques. Il ne s’agit pas d’un défaut de crédit, mais d’une érosion progressive des marges et du potentiel de croissance.
L’indice JSE Bank s’échange autour de 63 000 points, en baisse par rapport à son sommet de 2023 (plus de 70 000 points). Les valorisations ont diminué jusqu’à environ 1,2 fois la valeur comptable, mais cela n’est pas dû à une détérioration du bilan, mais plutôt au fait que le marché réévalue la rentabilité future du modèle bancaire. La montée en puissance des FinTech peut être une préoccupation. Les sorties nettes de capitaux étrangers, estimées à 8,6 milliards de dollars (165 milliards de rands) depuis le début de l’année, soulignent la vigilance croissante des investisseurs attirés par les rendements obligataires américains sûrs (4,4 %).
La situation est également préoccupante pour les actionnaires institutionnels locaux comme la Public Investment Corporation (PIC), Allan Gray ou Coronation. Bien qu’ils disposent d’une influence stratégique (PIC détient 16,1% du capital de Nedbank), la réalité est qu’ils sont exposés aux mêmes risques de rentabilité que les fonds étrangers. L’innovation deviendra donc une responsabilité partagée, protégeant les rendements des retraites sud-africaines ainsi que ceux du portefeuille européen.
L’Afrique du Sud continue de disposer d’un système bancaire solide, avec un ratio de fonds propres de première catégorie de 18,3 %, des liquidités abondantes et une diversification régionale. Mais la lutte pour l’avenir n’est plus une question de solvabilité. Cela dépend de notre capacité à tirer parti de la croissance technologique. Dans ce nouveau paysage, chaque fois que la FinTech développe le crédit, elle éloigne le centre de rentabilité des banques traditionnelles et, à son tour, crée des risques. La question n’est plus de savoir si les banques sud-africaines sont en bonne santé, mais si elles peuvent rester rentables sur un marché où l’innovation n’est plus un avantage concurrentiel mais une nécessité pour la survie financière.
Idris Rindge

