Les dirigeants djiboutiens comptent les voix pour un sixième mandat
Djibouti a commencé vendredi à compter les voix lors d’une élection présidentielle qui devrait attribuer un sixième mandat à Ismail Omar Guelleh, 78 ans. M. Guelleh fait face à son seul adversaire peu connu dans ce petit pays hautement stratégique de la Corne de l’Afrique. Guelleh dirige d’une main de fer ce pays d’Afrique de l’Est d’environ un million d’habitants depuis 27 ans, tirant parti de son emplacement stratégique pour le transformer en une plaque tournante militaire et maritime internationale. Seulement 23 000 kilomètres carrés (8 900 milles carrés) abritent des bases militaires et des troupes de France, des États-Unis, de Chine, du Japon et d’Italie, générant d’importants avantages financiers, sécuritaires et politiques. Guelleh avait annoncé qu’il démissionnerait cette année, mais un amendement constitutionnel en novembre a supprimé la limite d’âge supérieure de 75 ans pour les candidats à la présidentielle, lui ouvrant ainsi la voie à une nouvelle candidature. En raison de retards dans l’ouverture vendredi matin, certains bureaux de vote de la capitale Djibouti ont fermé vers 19 heures (16 heures, heure du Japon), une heure après la fin officielle du scrutin, ont constaté des journalistes de l’AFP. Les premiers résultats officiels devraient être annoncés plus tard dans la soirée. « Je ne vais pas voter. Cela ne sert à rien. Il est au pouvoir depuis 27 ans et la ville est sale », a déclaré à l’AFP un chauffeur de taxi. Un peu plus de 256 000 personnes pouvaient choisir entre Guelleh et Mohamed Farah Samatar, leader du Centre pour l’unité et la démocratie (CDU), qui n’a pas de siège au Parlement. Au milieu d’une sécurité renforcée, Guelleh, largement connu sous ses initiales IOG, a voté avec son épouse à l’hôtel de ville juste avant midi, tandis que Samatar avait voté plus tôt. « Par la grâce de Dieu, nous sommes arrivés ici. Nous espérons que cela se terminera par une victoire », a déclaré Guelleh aux journalistes. Le nombre d’électeurs dans les bureaux de vote de la capitale a lentement augmenté pendant la majeure partie de la journée, mais en fin d’après-midi, le nombre de votes avait augmenté, même si aucune file ne s’était formée. Le taux de participation était compris entre 36 et 58 % dans plusieurs bureaux de vote visités par l’AFP, mais supérieur à 90 % dans les bureaux de vote où votaient les militaires. M. Guelleh a placardé des affiches de campagne dans la capitale et ses rassemblements ont attiré des milliers de personnes, mais M. Samatar a eu du mal à gagner du soutien. La télévision d’État a diffusé l’un des rassemblements de Samatar, auquel ont participé seulement quelques dizaines de personnes. « Je vais voter pour Ismaïl Omar Guelleh parce qu’il a un bon programme pour les jeunes. Je ne sais même pas qui est son adversaire », a déclaré à l’AFP Deka Aden Mohamed, 38 ans. – Chômage et dette – Lors de la dernière élection présidentielle de 2021, largement boycottée par l’opposition, Guelleh avait remporté plus de 97% des suffrages. Il a rencontré peu d’opposition depuis qu’il a succédé au premier président du pays, Hassan Gould Aptidon, en 1999. Il était le chef de cabinet d’Aptidon. Il a été réélu sans opposition en 2005. Certains considèrent que sa candidature apporterait la « stabilité » à la région troublée de la Corne de l’Afrique, mais les analystes estiment que sa candidature est motivée par l’absence d’un successeur approuvé à l’unanimité. L’attention est portée sur l’état de santé du président. La Fédération djiboutienne des droits de l’homme affirme qu’il s’agit d’un « bal masqué », mais a déclaré à l’AFP que les gens étaient impatients de voter. « C’est un devoir d’aller voter », a déclaré Yusuf Mohamed Hussein. « Je vais voter pour le président. Samatar, je ne le connais même pas. » Environ 70 pour cent de la jeunesse djiboutienne est au chômage et le développement du pays se fait au prix d’une dette élevée, notamment envers la Chine. Djibouti est situé sur l’important détroit de Bab al-Mandeb, qui sépare la mer Rouge du golfe d’Aden et constitue l’une des voies de navigation les plus fréquentées au monde. Le pays, qui manque d’agriculture fiable, dépend des ports pour 70 pour cent de son produit intérieur brut, l’Éthiopie étant le principal port de navigation. Le pays a été accusé par des groupes de défense des droits humains de réprimer la dissidence, mais Guelleh fait face à des allégations selon lesquelles il favoriserait sa majorité Issa au détriment de la minorité Afar. dyg/ayv/mnk/rh/giv

