
La crise sanitaire en Asie est souvent considérée comme inévitable, avec une population vieillissante, des coûts médicaux en hausse, une augmentation rapide des maladies liées au mode de vie et des patients âgés nécessitant des soins de longue durée. Le manque d’exercice, une mauvaise alimentation, la consommation d’alcool, le tabagisme, le stress et la pollution de l’environnement contribuent à l’augmentation des taux de maladies telles que les maladies cardiaques, le cancer, le diabète et l’hypertension artérielle dans la région. Ces maladies liées au mode de vie représentent actuellement environ 80 % de tous les diagnostics en Asie, créant une charge de morbidité croissante à laquelle les systèmes de santé ont du mal à faire face.
Mais se concentrer sur les maladies liées au mode de vie et aux choix qui les sous-tendent néglige les pressions culturelles qui façonnent la façon dont les gens pensent, ressentent et se comportent bien avant qu’ils ne recherchent des soins médicaux. Et pour ceux d’entre nous qui travaillent dans l’industrie médicale, en particulier ceux d’entre nous soucieux de maintenir les gens en bonne santé et de les guérir lorsqu’ils tombent malades, il est essentiel de résister à ces pressions.
Dans toute la région, la santé est moins définie par les conseils cliniques que par les attentes sociétales quant à ce à quoi ressemble la santé. Ces scénarios sont répétés et renforcés par les médias et les réseaux sociaux, transformant la santé en performance. Pensez à des photos de changements visibles et à des publications célébrant des routines strictes et le stoïcisme émotionnel. Lorsque les gens internalisent ces règles, deux choses se produisent. Poursuivre des programmes tout ou rien non durables. Et lorsque nous abandonnons ces projets, nous retardons la recherche d’aide, car reconnaître notre lutte ressemble à un échec. Au fil du temps, ces actions peuvent transformer une maladie évitable en maladie chronique.
Une nouvelle étude de l’AIA, qui combine une enquête auprès de 2 100 personnes avec un examen de plus de 100 millions de publications sur les réseaux sociaux en Chine continentale, à Hong Kong, en Malaisie, à Singapour et en Thaïlande, révèle à quel point des stéréotypes profondément ancrés façonnent secrètement les comportements en matière de santé.
Cette étude a révélé un ensemble de croyances communes concernant la santé. La solution la plus largement acceptée se concentre sur la discipline physique et la transformation, avec 69 % des personnes interrogées affirmant que « la forme physique nécessite une discipline sans compromis ». 65 % ont déclaré que les rituels quotidiens sont nécessaires au vrai bonheur. 59 % estiment que « l’amélioration de la santé nécessite une transformation complète ». Ces messages puissants placent la barre si haut que de petites mesures pratiques semblent inutiles.
Mais les stéréotypes en matière de santé mentale qui assimilent la force au silence sont encore plus préjudiciables. Cinquante-sept pour cent des personnes interrogées ont déclaré que « pour être respectés, les gens ne devraient pas montrer leurs émotions », et 49 % ont déclaré que les stéréotypes sur la santé mentale ont un impact négatif sur la façon dont ils se sentent, pensent et se comportent.
Ces normes nuisent au bien-être mental et poussent les gens à l’isolement. Dans notre analyse, ce sont ces croyances qui ont eu les effets les plus néfastes. De nombreux répondants ont déclaré que ces croyances les amenaient à éviter les comportements plus sains, à ignorer les conseils utiles et à se retirer lorsqu’ils avaient le plus besoin de soutien.
Les médias aggravent encore la situation. Notre analyse a montré à quelle fréquence des récits de fitness extrêmes, une culture de l’agitation et des idéaux émotionnellement stoïques font surface aux téléspectateurs. Cette répétition transforme les stéréotypes en normes, qui à leur tour se transforment en pression sociale.
Ce sont les jeunes qui le ressentent le plus fortement. La génération Z rapporte des niveaux de bien-être physique, mental, économique et environnemental inférieurs à ceux des générations plus âgées. Même si vous n’êtes pas d’accord avec les stéréotypes sur la santé, vous êtes plus susceptible de ressentir des émotions négatives et d’être affecté par les stéréotypes de manière néfaste. Rejeter un message ne diminue en rien son pouvoir ou sa prévalence dans la société.
Ces conséquences, l’évitement, le doute de soi et les efforts mal placés, sont constantes sur tous les marchés. De nombreux répondants ont déclaré cacher leurs difficultés, se concentrer sur de mauvaises priorités ou remettre en question leur capacité à gérer leur santé. Les coûts ne sont pas seulement personnels. Cela se manifeste par des retards dans la prévention, un engagement réduit en faveur d’orientations fiables et, en fin de compte, une charge accrue sur les systèmes de santé.
Qu’est-ce qui doit changer ? Premièrement, l’industrie médicale doit standardiser différentes versions du terme « santé ». La santé ne se limite pas à l’apparence, aux habitudes quotidiennes ou à une épreuve d’endurance physique. Il s’agit plutôt d’une collection de petites options durables pour différents corps, budgets, âges et points de départ.
Deuxièmement, ceux d’entre nous qui façonnent les discours publics, notamment les compagnies d’assurance, les marques, les agences de presse et les influenceurs, devraient cesser d’utiliser les stéréotypes comme raccourcis de motivation. Le même message qui anime une personne peut en repousser une autre. Remplacez « transformation complète » par « commencez là où vous êtes ».
Enfin, nous devons reconnaître que la prévalence croissante en Asie est autant un problème culturel que clinique. Cela nécessite plus que de meilleurs traitements et une capacité médicale accrue. Cela signifie remodeler les attentes et les stéréotypes qui influencent les comportements bien avant que la maladie ne se développe.
C’est pour cette raison que ceux qui façonnent le discours public doivent s’éloigner des messages qui impliquent qu’il n’existe qu’une seule bonne façon d’être en bonne santé. Les médias et les marques doivent abandonner les normes de perfection et se concentrer sur la fourniture de parcours accessibles et réalistes pour aider les gens à adopter des habitudes plus saines.
Ce n’est qu’en remettant en question ces stéréotypes et ces normes héritées que l’Asie pourra commencer à réduire de manière significative le fardeau croissant des maladies liées au mode de vie.
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